Homélie en la Fête de saint Ignace 2015

Comme chaque année, la famille ignatienne s’est réunie le 31 juillet autour des pères jésuites en la Chapelle du Christ-Roi pour fêter la Saint Ignace.
Les lectures choisies pour la messe étaient les suivantes :
Deutéronome 30, 11-14
Psaume 1, 1-6
Philippiens 3, 8-14
Mattthieu 8, 18-27

Beaucoup de gens associent aux jésuites des réalisations célèbres de leur histoire : leurs collèges innombrables, des universités renommées, les missions aux frontières de la chrétienté dans des cultures étrangères, des ouvrages réputés de pédagogie, de spiritualité, de théologie ou de science. Et ils aiment citer la devise « ad majorem Dei gloriam » en la traduisant souvent mal par « pour la plus grande gloire de Dieu ». Les jésuites fers de lance de l’Eglise, les troupes d’élite du Pape, voilà des stéréotypes qui continuent de circuler. Je me demande ce que saint Ignace en aurait pensé !

Son chemin de vie est, en tout cas, d’abord le chemin d’une familiarité profonde avec Jésus Christ. Sur son lit de convalescence à Loyola, il fait l’expérience d’être touché par la grâce en réfléchissant sur la vie du Christ et l’exemple des saints. Et le désir de suivre Jésus dans la plus grande pauvreté l’inspire tellement qu’il laisse derrière lui famille, situation sociale et carrière militaire pour vivre désormais en pèlerin, « seul et à pied » sur les traces du Christ. La tension vers l’avant dans l’amour pour Jésus et l’engagement à sa suite dont parle saint Paul dans la lettre aux Philippiens se retrouve dans la devise qui sera celle de l’ordre qu’Ignace va fonder : amdg. Mais il lui faudra apprendre qu’elle peut s’avérer néfaste si elle est comprise comme résultant des seuls efforts de l’homme plutôt que d’une recherche patiente de la volonté de Dieu fondée sur la confiance et la foi en lui.

Ignace vit un moment critique à cet égard lors de son séjour de presque un an à Manrèse. Il y est tourmenté par des scrupules quant à sa vie passée et la pensée qu’il a oublié de confesser tous ses péchés. Jusqu’au moment où son confesseur lui interdit de revenir sur le passé et l’invite à se confier totalement à l’amour miséricordieux du Seigneur. C’est une libération pour Ignace qui va l’habiter tout au long de sa vie et se retrouver au cœur de sa spiritualité. Le discernement, dès lors, consistera à identifier les marques douces et discrètes de l’amour de Dieu dans son cœur, ce qu’Ignace appellera les consolations. Dieu qui nous a créés par amour et sauvés par son Fils Jésus Christ est tellement chez lui dans notre cœur qu’il peut y entrer et sortir à sa guise. Et ces marques de présence et de tendresse nous indiquent le chemin à suivre quand il s’agit de prendre des décisions. Voilà ce qu’Ignace a compris et légué à l’Eglise et tout particu-lièrement à toute la famille ignatienne.

La devise amdg doit dès lors être comprise non pas comme « pour la plus grande gloire de Dieu », mais comme « pour une plus grande gloire de Dieu ». Le superlatif « pour la plus grande gloire » pourrait nous conduire dans des impasses en nous poussant vers des exploits ou des excès marqués par notre désir de briller aux yeux des autres ou d’accomplir nos propres projets. Le comparatif « pour une plus grande gloire » nous invite plutôt à une recherche humble de la volonté de Dieu dans la situation où nous nous trouvons actuellement. Entre deux solutions, moralement bonnes toutes les deux, quelle est celle qui pourrait davantage glorifier le Seigneur ? En sachant que Dieu ne nous demande rien d’inhumain, qui serait au-delà de nos forces, mais des choses qui nous apporteront, ainsi qu’aux autres un plus de vie. L’engagement à la suite du Christ est ainsi porté et sous-tendu par l’amour et une confiance filiale : Dieu sait mieux que moi quel est le meilleurs service que je peux rendre dans l’Eglise et le monde et il me le fait savoir, sentir par des marques de sa prévenance. Une autre maxime de saint Ignace vient préciser de quoi il s’agit : « en tout aimer et servir ». Ce service peut amener à de grandes choses, mais il peut aussi être tout humble et discret ; j’aime croire que la 2e alternative est la normale et la 1ère, plutôt l’exception.

Ce vers quoi nous voulons donc tendre de toutes nos forces, c’est d’aimer le Christ, de rechercher toujours comme lui la volonté de Dieu pour la mettre en pratique dans notre quotidien. Par l’intercession de saint Ignace, demandons aujourd’hui pour chacun d’entre nous et tous les ignatiens de par le monde la grâce d’une familiarité profonde avec le Seigneur et d’être attentifs à la voix de l’Esprit Saint dans le travail du discernement. Et que Dieu nous donne par-dessus tout de l’aimer et de le servir ainsi que nos frères et sœurs en humanité en tout ce que nous entreprenons, que ce soit grand ou apparemment tout petit !

Josy BIRSENS sj
31 juillet 2015
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