Accompagnement spirituel, consultation, thérapie et supervision

L’accompagnement spirituel est une forme d’aide aux personnes et de dialogue qui a parfois de la peine à être situé dans sa spécificité. Il s’avère utile dès lors de voir de près ce qu’il a en commun avec d’autres formes d’aide aux personnes, et ce qui l’en différencie.

Accompagnement spirituelConseilThérapieSupervision
Les motifs de départ
  • crise de la foi
  • approfondissement de la relation à Dieu
  • clarification de la vocation personnelle
  • décisions de vie
  • crises de la vie
  • problèmes relation-nels
  • crise d’identité
  • il s’agit avant tout d’un processus de développement
  • à la base se trouve un désordre psychique
  • traitement d’expé-riences liées à un traumatisme
  • la perception de la réalité est gravement perturbée
  • clarification du rôle professionnel
  • promotion de travail conceptionnel
  • accompagne des changements de structure
  • Les objectifs poursuivis
    • être libéré d’attachements désordonnés
    • être libéré pour suivre Jésus Christ
    • découvrir Dieu dans sa vie
  • croissance et épanouissement de la personne
  • davantage d’autonomie et de liberté intérieure
  • traiter des conflits inconscients qui rendent malade
  • libérer de manières de faire ou de types de relations destructrices
  • amélioration de la qualité du travail professionnel
  • rapport à des facteurs psychiques, sociaux ou institutionnels
  • Présupposés
    • désir de Dieu
    • disponibilité à la prière
    • santé assez équilibrée
    • ouverture vis-à-vis de l’accompagnateur
  • pas de prédominance de processus fortement maladifs
  • pression de la souffrance
  • pression de la souffrance
  • capacité de prendre conscience de soi
  • santé psychique assez équilibrée
  • activité profes-sionnelle
  • désir de progresser
  • Objet des entretiens
    • relation à Dieu
    • mouvements intérieurs
    • expériences quotidiennes à la lumière de la foi
  • traiter différentes crises
  • types de relations destructrices
  • scènes, problèmes et conflits dans la vie professionnelle de tous les jours
  • Méthode poursuivie
    • entretien et exercices spirituels
    • orientation en fonction de la Parole de Dieu et des mouvements intérieurs (consolation et désolation)
  • travail sur des tâches concrètes
  • relation à l’« ici et maintenant »
  • travail sur la projection et la contre-projection
  • associations libres
  • travail sur du matériel avant tout inconscient
  • travail sur des situations concrètes de la vie profession-nelle de tous les jours
  • aides à la clarification et à la mise en pratique des rôles
  • 1. L’accompagnement spirituel a en commun avec la consultation (pastorale ou psychologique), l’entretien thérapeutique et la supervision les caractéristiques suivantes :
    Il s’agit d’aide sous la forme d’un entretien et non pas d’une assistance matérielle ou autre.
    Il s’agit d’une forme de relation dans laquelle le conseiller, thérapeute ou accompagnateur ne fait pas quelque chose à la place de l’autre, mais essaie d’aider celui qui cherche conseil à trouver par lui-même ce dont il a besoin.
    Il s’agit d’une aide professionnelle qui nécessite formation et compétence.
    La relation est nécessairement asymétrique et non pas amicale ou collégiale.
    Toutes ces formes d’aide cherchent à promouvoir la connaissance de soi, la liberté, l’autonomie et la croissance du client / de la personne accompagnée.
    L’outil de travail principal consiste en une série d’entretiens qui ont un cadre bien précis : contrat au début, rendez-vous réguliers d’une durée déterminée, clarification des rôles, confidentialité, critères pour le début et la fin du processus.

    2. Les différences entre les différentes formes d’aide se marquent à propos des motifs de départ, des objectifs poursuivis, des présupposés de départ, de l’objet des entretiens et de la méthode suivie.

    Il va de soi que ces différences ne peuvent pas toujours être respectées absolument et qu’il y a nécessairement des recoupements. Un entretien spirituel peut p.ex. faire buter sur des difficultés relationnelles en lien avec des types de relations marqués négativement dès l’enfance. Le but de l’accompagnement spirituel ne consistera pas alors à décoder et résoudre ces types de relations, ce qui constitue l’objectif d’une thérapie, mais à les mettre en lien avec la Parole de Dieu et à chercher comment gérer cet héritage devant Dieu et avec sa grâce. Un problème relationnel ou professionnel peut aussi faire partie de l’accompagnement spirituel, mais celui-ci ne doit pas se limiter à des conseils ou une aide sur le plan purement humain.

    De manière générale, les motifs de départ de la personne qui cherche une aide doivent être clarifiés avec soin. Si quelqu’un traverse une crise d’identité ou une crise de la vie (maladie grave, deuil, crise relationnelle profonde, etc.), ce n’est pas le moment de parler d’un choix de vocation ou d’une (ré-) orientation fondamentale de la vie. Entreprendre une démarche d’accompagnement nécessite un certain équilibre psychique ! C’est pourquoi un entretien préliminaire a toute son importance. Cela ne signifie pas que les crises de la vie n’ont pas leur place dans l’accompagnement spirituel quand elles surviennent, à condition que la personne accompagnée cherche à y remédier avec ses propres forces et en comptant sur la grâce de Dieu. Si l’accompagnateur prend trop la place du conseiller-psychologue, la dimension spirituelle risque d’être reléguée au second plan. Il revient donc à l’accompagnateur de définir clairement ses compétences et de vérifier régulièrement si la ligne poursuivie est bien celle de la dynamique spirituelle. Se limiter à des problématiques purement relationnelles ou de gestion de sa vie, p. ex., pourrait être une fuite face aux exigences d’une vie de foi plus intense.
    Les objectifs de l’accompagnement définis dans le tableau reflètent bien la spiritualité ignatienne. Les connaisseurs auront de suite reconnu dans la libération d’attachements désordonnés pour suivre Jésus Christ le dynamisme des deux premières semaines des Exercices spirituels de saint Ignace. De même, découvrir Dieu présent dans sa vie est bien le cœur de la spiritualité ignatienne ; un franciscain ou une religieuse contemplative formuleraient sans doute différemment leurs objectifs d’accompagnement. C’est dire à quel point un accompagnement s’inscrit aussi dans un certain type de spiritualité. Aussi convient-il pour la personne qui demande un accompagnement spirituel de vérifier après un certain temps si la spiritualité préconisée par l’accompagnateur/-trice est bien celle qui l’aide à prier et à avancer dans sa vie de foi.

    Plus que pour les autres formes d’aide, la relation avec l’accompagnateur est seconde par rapport à la relation avec Dieu. Même s’il est important de se sentir à l’aise avec la personne qui accompagne, ce n’est pas elle qui doit se situer au centre du processus, mais bien l’échange vivant entre l’accompagné(e) et son Créateur et Seigneur. Voilà pourquoi il importe de ne pas trop s’attacher humainement à l’accompagnateur ; au contraire, il s’avère bénéfique de changer de personne de référence après un certain temps. Trouver le courage pour le faire est à coup sûr un signe de maturité et de liberté intérieure ! Si la relation à Dieu est première, il s’ensuit que commencer une démarche d’accompagnement spirituel sans avoir une vie spirituelle propre (prière personnelle, vie sacramentelle, lectures religieuses) est un non-sens ! A moins de vouloir mettre en œuvre ces moyens premiers d’une vie de foi personnelle et de s’y attacher avec conséquence dans le cadre de l’accompagnement.

    En fin de compte, demander un accompagnement spirituel, c’est s’ouvrir davantage à l’action de Dieu dans sa vie. Celui qui fait cette démarche a déjà été touché par un appel intérieur. L’accompagnateur n’a d’autre fonction que de figurer comme témoin d’un cheminement personnel où les protagonistes principaux sont Dieu et le cœur de celui ou celle qu’il a touché par son amour.

    Notes :
    S’il est question le plus souvent d’accompagnateur, ce n’est pas du tout dans le but d’exclure les femmes comme accompagnatrices, mais pour ne pas alourdir le texte.
    Les points communs et les différences entre les différentes formes d’aide sont tirés d’un article de Klemens Schaupp : Geistliche Begleitung – Abgrenzung und Kooperation mit anderen Begleitungsdiensten. In : « Da kam Jesus hinzu.. » (Lk 24,15). Handreichung für geistliche Begleitung auf dem Glaubensweg, Bonn 2001, S. 68-81.

    Josy BIRSENS sj
    20 mars 2007
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