Homélie de la Journée des équipes 2012
2 Co 8,7,9,13-15 ; Mc 9,2-8

Quel lien peut-il bien y avoir entre le thème de l’Assemblée Mondiale : « De nos racines aux frontières » et le verset biblique qui a été choisi comme sous-titre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le » du récit de la Transfiguration (Mc 9,7) ? On peut certainement dire que l’expérience de la Transfiguration de Jésus a été fondatrice pour les trois apôtres, qu’elle constitue comme leurs racines : ils partagent l’intimité de Jésus, ils entrevoient la gloire qui est la sienne comme Fils de Dieu et qui se manifestera à nouveau après la résurrection, ils sont témoins que Jésus parle d’égal à égal avec Moïse et Elie, les deux grandes figures de l’Ancien Testament.

Ces racines ont d’abord dû grandir dans l’obscurité : les apôtres reçoivent de Jésus l’ordre de ne rien dire à personne de cette expérience avant sa résurrection, ils continuent de partager la vie au quotidien de Jésus avec l’opposition et la contradiction croissantes qu’il va connaître, ils passent par l’épreuve purificatrice de la Passion où ils font l’expérience de leurs limites, de leurs peurs, de leurs lâchetés. Avant que de pouvoir pousser un tronc, des branches, des feuilles et des fruits, l’arbre de leur engaement à la suite de Jésus doit donc d’abord développer des racines solides, et ce travail se fait dans l’obscurité, comme sous terre. Au terme du processus, les disciples auront fait l’expérience que le salut leur est donné par Jésus Christ et que sa gloire n’a rien de l’éclat terrestre, humain, souvent trompeur : sa gloire est celle de l’amour qui se met au service de tous les nécessiteux, avec les seuls moyens de l’amour, ce qui exclut toute domination ou violence.

D’ailleurs, l’amour se trouve déjà au cœur de la manifestation du Père et de Jésus transfiguré : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » Cette révélation destinée aux disciples est sans aucun doute plus importante que tout le côté spectaculaire de la scène et constitue le cœur de l’expérience de la Transfiguration.

A la racine de notre être de chrétiens et de membres CVX se trouve donc l’amour du Père, du Fils et du Saint Esprit. Cet amour ne peut pas rester dans l’obscurité, mais il a vocation à pousser et à se répandre dans le monde entier, dans toutes les couches de la société, dans toutes les situations nouvelles que rencontre l’humanité (« frontières ») : tel est le sens du titre qui a été choisi pour l’Assemblée Mondiale 2013. Cet amour a la particularité qu’il se renouvelle en se répandant : la source d’eau vive ne tarit pas, mais elle devient ruisseau, torrent, rivière en se donnant à boire. Voyez la 1ère lecture : personne n’est appauvri par sa générosité, personne ne va manquer de rien : une alchimie mystérieuse s’opère où le pain partagé suffit à apaiser les faims quotidiennes de tous.

Notre mission CVX, c’est de nous laisser saisir de plus en plus par ce mouvement « invasif » de l’amour trinitaire, de nous laisser conduire à manifester la bonté de notre Dieu par notre engagement à tous les niveaux : vie quotidienne en famille ou sur le lieu de travail, engagements apostoliques particuliers, mission commune dans des institutions portées par la CVX et coopération internationale (cf. Projets, n° 153). Projets 153

Le bout de verset « écoutez-le » nous ramène toujours à nouveau à la source et aux racines de notre identité, pour éviter que nous recherchions trop le succès et l’éclat. Il s’agit, dès lors, de garder vive la tension créatrice entre les racines et les frontières, même si c’est parfois douloureux !

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Josy BIRSENS sj
29 novembre 2012
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