Vivre la foi au quotidien
Les communautés laïques ignatiennes au Luxembourg (1604-2014)

A L’occasion des 40 ans de la CVX (Communauté Vie Chrétienne) au Luxembourg et du 450e anniversaire des communautés laïques ignatiennes, la CVX a publié une brochure réalisée par Josy Birsens sj, assistant ecclésiastique national et Agnès Rausch, membre CVX de longue date.

Le 23 mars 2014, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale, les nombreux participants ont pu bénéficier de 2 topos présentés par les auteurs de la brochure.


La JM 2014 nous invite à rendre grâces dans la foulée de l’Assemblée Mondiale au Liban pour toutes les grâces reçues en cette année où les communautés laïques ignaciennes ont fêté leurs 450 ans. Comme la CVX du Luxembourg commémore en même temps ses 40 ans d’existence et que ce double anniversaire a été l’occasion d’éditer une brochure qui fait la relecture de nos « racines », nous voudrions, Agnès et moi-même, vous proposer quelques points d’action de grâces et d’interrogation quant à notre fidélité à la mission reçue au sein de la CVX.

Le début des communautés laïques ignaciennes à Luxembourg remonte à exactement 410 ans : en 1604, la première congrégation mariale voit le jour sous le patronage de l’Annonciation, le même nom que sa grande sœur initiée par Jean Leunis à Rome en 1563 et qui portera le nom de « prima primaria ». Elle regroupe des élèves avancés, des prêtres et des hommes de lettres et tient ses réunions en latin. D’autres congrégations suivront dans les années à venir, réservées les unes pour les élèves du collège jésuite, les autres pour les habitants de la ville. Ainsi, 5 ou 6 sodalités mariales réunissent chaque semaine plusieurs centaines de garçons, de jeunes hommes ou d’hommes adultes de la ville pour approfondir leur vie de foi. L’une d’elles réunit plutôt des artisans et hommes de métier.

Rendre grâces pour l’enracinement séculaire de la spiritualité ignacienne au Luxembourg et pour sa diffusion dans différents milieux de vie pendant des siècles, en particulier parmi les jeunes. Mais il faudra attendre le 19e siècle pour que les CM s’ouvrent aux femmes !

Les membres des CM se consacrent à une vie de foi plus intense que la normale, à se mettre sous le regard de Dieu en tout ce qu’ils entreprennent, à reconnaître les signes de sa présence et à accueillir ses appels, à l’image de la Vierge Marie. La prière et la relecture quotidiennes sont déjà les deux outils principaux au service de la mission, relayées par la célébration communautaire de l’eucharistie, la réception fréquente de la communion (nouveau à l’époque !) et de la confession. Toute une formation par étapes est mise en route avant de devenir membre à part entière de la congrégation, mais aussi pour amener les jeunes à poser des choix de vie bien discernés.

Rendre grâces pour le sérieux de la vie chrétienne de nos ancêtres dans la foi, pour leur assiduité à aller en profondeur, pour la joie de leurs célébrations festives. Quelle est la place de la relecture, du discernement et de la joie dans ma vie quotidienne et dans la vie de la CVX LU ?

La communauté importe beaucoup dans les CM : il s’agit de s’entraider mutuellement à progresser, de prendre soin des plus faibles, de témoigner en communauté de la joie de la foi. Chaque année, les différentes sodalités élisent leurs responsables qui secondent le préfet spirituel jésuite. La solidarité est particulièrement forte vis-à-vis des membres malades, nécessiteux ou en fin de vie.

Rendre grâces pour le soutien communautaire des CM au Luxembourg, pour les aides multiples apportées au fil des années. Comment vivons-nous le soutien les uns des autres dans nos groupes et en communauté nationale ?

Dès le début, les CM se veulent apostoliques, missionnaires ; elles ont été fondées pour seconder les jésuites dans leurs efforts d’évangélisation en portant le message de la foi jusque dans leur propre milieu de vie familial, scolaire ou professionnel. De plus, leurs membres s’engagent à instruire dans la foi les ignorants et à visiter les malades et les prisonniers.

Reconnaître avec admiration et louer Dieu pour l’engagement pastoral et social des anciens congréganistes – qu’en est-il de notre vigueur apostolique en famille ou dans la société ?

Après la suppression des jésuites et des CM en 1773, ces dernières renaissent au Luxembourg à partir de 1846. Elles ne sont plus encadrées alors par des jésuites, mais par le clergé diocésain ; leur caractère ignacien se perd, ce sont plutôt des cercles de dévotion mariale liés aux paroisses. Mais elles s’ouvrent aux femmes et essaiment hors de la ville. Elles se voient tout de même dans la continuité avec les anciennes CM puisqu’elles célèbrent en 1910 leur 3e centenaire. Les sodalités pour jeunes sont revivifiées aussi à partir de 1861 et le souci des plus pauvres pousse la CM à soutenir l’« école du dimanche », la première formation continue proposée au Luxembourg aux jeunes apprentis et ouvriers.

Rendre grâces pour la renaissance des CM au Luxembourg, pour leur ouverture aux femmes, aux jeunes et au milieu ouvrier. Comment accueillir aujourd’hui en CVX les jeunes, les personnes issues de l’immigration ou d’un milieu social modeste ?

Le jubilé de 1910 est l’occasion d’un renouveau des CM et marque aussi le retour des jésuites comme préfets spirituels des sodalités de jeunes et d’adultes de la ville (8 congrégations différentes, 800 membres). L’arrivée en 1930 des pères Steiner et Vleugels conduit à un nouvel essor des CM pour jeunes (elles seront 9 en 1939 !) et à la fondation de plusieurs CM paroissiales ; ces dernières seront au nombre de 16 à la veille de la 2e guerre mondiale, 7 autres attendant d’être approuvées ! L’accent est fort mis sur la formation spirituelle et intellectuelle, mais aussi sur la prise de responsabilité dans la sodalité, l’Eglise et la société. Les jeunes apprennent à se prendre en main eux-mêmes, à s’ouvrir aux missions, à s’adonner à des activités culturelles et de détente. Comme le dit l’un de leurs préfets en 1934 en langage bien ignacien : « il serait contradictoire de séparer la vie de prière du reste de la vie. »

Rendre grâces pour la bonne collaboration entre jésuites et laïcs ignaciens au Luxembourg et pour les fruits du 3e centenaire de 1910. Quels fruits le 40e anniversaire de la CVX LU pourrait-il porter ? Où en sommes-nous personnellement et en communauté pour « trouver Dieu en toutes choses » ?

Après 1945, la plupart des CM se transforment en sections autonomes de l’Action catholique. Seules subsistent après le concile Vatican II la CM des institutrices et celle des hommes de Limpertsberg. La première trouvera le courage d’appliquer l’aggiornamento et de suivre, non sans peine, le mouvement général vers la CVX, mais là commence une autre histoire !

Josy Birsens s.j.

40 ans CVX-LU

Le Projets N°158, publication de la communauté mondiale, nous invite à « célébrer avec joie et gratitude, à recueillir les fruits et à continuer à aller de l’avant vers le 5ème centenaire avec grande générosité et espérance.

Oui nous sommes reconnaissants pour le don de la CVX fondée, nourrie, adaptée et partagée par des membres de communautés laïques et leurs dirigeants de génération en génération, et par des compagnons privilégiés, en particulier nos frères Jésuites.

1. « la bonne nouvelle nous viens d’ailleurs »

En 1967, à Rome, il y eut un renouveau qui fut accueilli avec réticence au départ au Luxembourg, « ne changeons pas de nom » écrivaient-elles alors, un peu dans le tradition luxembourgeoise « mir wölle bleiwe wat mer sin ». Grâce à une session en 1974, animée par deux dames de la CVX allemande, les traditions ont été bousculées, le champs de vision des participantes s’est agrandi. Une des participantes, Marie-Thérèse, se souvient que c’était alors la première fois que quelqu’un s’intéressait à « wat mecht Dech frou ? », jusque là ignoré dans les groupes de piété. Et le résultat fut que 14 membres de la CEC ont osé à commencer un nouveau chemin, cela de la CVX.

N’est-ce pas ainsi avec chaque assemblée mondiale, dont nos délégués reviennent avec le vent en poupe ; qui de nous aurait inventé le DESE comme approche laïque de la mission commune ? Nous sommes interpellés et invité vers une nouvelle ouverture d’esprit, non nous n’avons pas fini de bouger.

Merci de pouvoir appartenir, à travers notre présence dans un petit groupe CVX, à la grande communauté mondiale qui nous fait progresser.

2. Qui suis-je pour aller trouver Pharaon et faire sortir mon peuple d’Egypte ?

Dans l’histoire de la CVX nous n’avons pas de leaders autoproclamés, non au contraire, la plupart des responsables nationaux , à commencer par Anne Sauber, dont j’ai entendu l’histoire de son appel, à René et Guy, pour qui j’étais témoin de leur lutte intérieure (discernement) ; ils n’avaient guère de temps libre dans leur agenda, au contraire, ils étaient engagés dans de nombreuses initiatives ailleurs ; et pourtant ils ont accepté l’appel de la communauté et ils ont rediscerné leurs priorités en fonction de la nouvelle responsabilité que la communauté voulait leur confiée.

Merci pour tous nos leaders, pour tous ceux et celles qui acceptent un bout de responsabilité dans la CVX, du coordinateur du groupe local, aux équipes-services, team national, un merci spécial pour les secrétaires mondiaux qui consacrent des années entières à la CVX : Josée Gsell, José Reyes, Roswitha, Lea&Gilles, Guy, Franklin&Sofia et pour l’avenir Alwin&Rojean.

3. l’art de vivre CVX, oder deen einfache Liewensstil, dont l’origine remonte à l’impact des bidonvilles de Manille et de Bombay sur nos 4 délégués à l’assemblée mondiale en 1976. Depuis lors nous avons approfondi notre style de vie simple et solidaire, élargit grâce à l’expertise de beaucoup d’entre nous : du petit-déjeuner qui lie au monde, aux transports publics, de l’architecture respectueuse de l’environnement à l’épargne alternative ; motivé au moment de à chaque prise de décision par la perspective des pauvres et solidaires avec eux, ici et ailleurs.

Merci pour cette liberté intérieure qui nous est donnée, qui face à la consommation nous montre le chemin d’une solidarité toujours plus grande, merci pour tous ces liens tissés, qui, face à l’individualisme font grandir la communauté.

4. Mieux connaître Jésus, pour mieux l’aimer et le suivre

Le cheminement de chacun des membres, ceux qui sont restés, et ceux qui étaient de passage, nous a rapproché de Jésus, de son Père et de notre Père ; à travers les partages bibliques, l’initiation et la pratique de la relecture, les journées, weekends et retraites nous avons appris à découvrir les traces de Dieu dans nos vies. Ainsi l’Eglise n’est plus ou plus uniquement cette institution qui nous fait souffrir, mais la communauté des croyants en marche. Cette intimité avec le Christ nous la partageons au-delà de la CVX à travers nos engagements professionnels et bénévoles dans nos paroisses et diocèse et à travers les expériences offertes des exercices dans la vie courante.

Merci aux accompagnateurs, merci aux Jésuites, à St Ignace, François Xavier, Pierre Favre à Pierre et Paul, Jacques et Josy, Luke et Alberto, Fernando et Julian ….. Votre compagnonnage est un trésor pour la CVX.

Ad Majorem Dei Gloriam !

Agnès Rausch


La communauté présente a partagé le grand gâteau d’anniversaire

Agnès RAUSCH
Josy BIRSENS sj
28 avril 2014
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